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La Grande Guerre et les témoins

La Grande Guerre et les témoins

La Grande Guerre par les témoins

Les historiens de l’Historial de Péronne se montrent prudents voire réticents face à la fragilité du témoignage de ceux qui ont vécu la guerre au plus près. Reprenant la formule de P. Chaunu : « la mémoire sert à oublier », ils évoquent le possible oubli volontaire qui permet de se reconstruire. Ils donnent comme preuve que beaucoup de témoignages évoquent la mort anonyme, peu celle qu’ils ont infligée.

Pour leurs contradicteurs, le témoignage est essentiel. On ne peut écarter un témoignage « sous prétexte qu’il n’est pas conforme à la thèse que l’on défend ».

On l’a démontré, les historiens ont perdu le monopole de l’écriture de l’histoire nationale ou tout au moins ils partagent avec les témoins l’œuvre de construction mémorielle. Mais la mémoire n’est pas l’histoire ; et l’on peut regretter que peu d’historiens, à l’exception de M.Bloch, aient fait part de leur expérience combattante.

Au-delà des polémiques, il existe un véritable débat épistémologique sur l’écriture de l’histoire culturelle de la Grande Guerre qui s’articule autour des questions suivante : le choix des sources autres que les sources militaires, la fragilité du témoignage avec la part du non-dit, de l’idéologie dominante, des représentations.

Ce débat entre l’histoire d’ « en haut » et l’histoire d’ « en bas » agite aussi l’écriture d’autres périodes de l’histoire. Il est au cœur des conflits de mémoire de notre époque.

 

L’histoire de la grande guerre de 1914 à 1935 : Histoire immédiate et révolte des témoins.

Pour étudier la première guerre mondiale on se trouve confronté au problème des sources .

On peut distinguer :

-  Les témoignages écrits pendant le conflit. Les journaux de tranchées : « le Canard du boyau », « l’Echo des gourbis » Des correspondances. Des carnets de guerre comme ceux du caporal Barthas. Des romans parus pendant la guerre : Le Feu H. Barbusse 1916, Sous Verdun M. Genevois 1916.

Pour ces sources, se pose le problème de la censure, voire de l’auto-censure. Les romans sont des témoignages recomposés.

- Les ouvrages d’histoire sur la guerre.

Histoire illustrée de la Grande Guerre, G. Hanotaux (académicien) en plusieurs volumes et rédigée à partir de 1915.

Histoire de la Grande Guerre, V. Giraud (Directeur de la Revue des deux mondes), 1919.

La crise européenne et la Grande Guerre, P. Renouvin : 1934. C’est le premier ouvrage universitaire sur la guerre ; il va fonder l’historiographie savante pour un demi siècle et propose une analyse et une mise en perspective plutôt qu’une simple description.

Ces ouvrages ont été analysés par R. Cazals et F. Rousseau (14-18, le cri d’une génération, 2001). Ils en tirent les conclusions suivantes. Les causes de la guerre sont étudiées. L’approche de l’expérience combattante montre peu de diversité. Giraud insiste sur le consentement « ils aimaient leur métier », avance l’idée d’une « guerre sainte », a perçu l’ensauvagement mais insiste peu sur les souffrances morales et physiques. Les mutineries sont minimisées. On avance la thèse d’un complot mené par les femmes et les socialistes. Le flou est aussi entretenu sur la répression, le terme fusillé apparaît rarement. Les offensives meurtrières de 1917 embarrassent ces historiens. Ils restent très prudents sur la tactique des généraux avec lesquels certains sont liés. Ils minimisent les pertes. On est dans le domaine de l’ « historiquement correct » comme le prouve également la censure qui frappe le film : Les Sentiers de la gloire, S. Kubrick, 1957.

En bref, il est reproché à ces auteurs d’écrire une guerre tronquée, vue d’ « en-haut », une guerre d’Etat-major dont les hommes se sentent exclus.

La révolte des témoins.

On assiste dans les années 1930 à un véritable sursaut mémoriel avec les ouvrages suivants :

Témoins, J. Norton Cru (ancien combattant, professeur aux Etats-Unis), 1929. Il se propose de faire un travail critique sur la masse des témoignages disponibles, de faire une anthologie des témoignages les plus fiables. Il met l’accent sur la diversité de l’expérience combattante et balaie au passage certaines idées reçues comme les charges à la baïonnette.

La guerre racontée par les combattants, A. Ducasse (ancien combattant, normalien), 1932.

Cet auteur se montre très sévère avec l’ « histoire officielle » insiste sur les fraternisations, les mutineries.

Des romans de guerre ou des œuvres de fiction paraissent également.

Avec son ouvrage A l’Ouest, rien de nouveau, 1928, l’Allemand E.M. Remarque ouvre une brèche. Il sera suivi par J.Giono, L.F.Céline, E. Hemingway. Ces œuvres présentent la nouveauté d’être des plaidoyers en faveur du pacifisme. Ils deviennent des best-sellers mondiaux. On peut remarquer qu’ils sont parus dix ans après la guerre, dans un contexte de détente, ce qui explique peut-être leur succès. Une question demeure : cette production d’après-guerre traduit-elle une évolution des esprits ? Est-ce un simple refoulement de la culture de haine ou une véritable culture de paix qui, longtemps occultée, se met en place ?

Avec ces ouvrages, la mémoire de la Grande Guerre devient la reconstitution de cette dernière au titre du pacifisme. C’est la « Der des Ders ». On assiste alors à une pause dans l’historiographie de la Grande Guerre, à l’exception de la parution de deux ouvrages importants : Les Mutineries de 1917, G. Pedroncini, PUF, 1967 et La Grande Guerre 1914-1918, M. Ferro, 1969. Tous deux se situent également dans la logique du refus de la guerre. La Seconde Guerre mondiale, Vichy ainsi que les nouveaux champs d’exploration historiques ouverts par l’Ecole des Annales vont accaparer la recherche historique. Comme pour Vichy, le renouveau va venir des historiens anglo-saxons.

« A l’ouest, du nouveau » Une historiographie renouvelée fondée sur l’approche anthropologique. (Années 1990).

Cette nouvelle approche amène à dégager de nouvelles problématiques : La brutalisation ou l’ensauvagement des sociétés. Ce concept a été avancé par l’historien L.G. Mosse (Fallen soldiers),1990. Ce livre est traduit en 1999 sous un titre assez éloigné (De la Grande guerre au totalitarisme, la brutalisation des sociétés européennes). Il a été repris et doté d’un sens plus large par le groupe de recherche de l’Historial de Péronne, autour de A. Becker et S. Audoin-Rouzeau (14-18 retrouver la guerre, 2000).

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