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La guerre censurée

La guerre censurée, une histoire des combattants de 14-18.

La problématique du livre est la suivante : qu’est-ce qui explique que les combattants de 14-18 aient supporté pendant plus de quatre années l’insupportable ?

D’abord, Rousseau met en relief certains aspects des conditions particulièrement difficiles de la Première Guerre mondiale. Le soldat de 14-18 veut comprendre pourquoi il se bat. Le culte du silence donne l’impression que le combattant est méprisé, infantilisé et fait naître l’angoisse. La Première Guerre mondiale déshumanise la mort. Les violences extrêmes, la souffrance, l’horreur minent le moral du soldat. La peur est générale : c’est un sentiment européen qui se traduit par différents symptômes. Les premiers sont physiques et très peu évoqués : incontinence, hallucinations… Les seconds sont psychologiques : la peur peut amener le soldat à se réfugier dans la folie, voire le suicide. La folie n’est alors traitée que par l’électrothérapie, le but étant le retour au combat. Par ailleurs, l’auteur consacre de nombreuses pages à la vie affective et sexuelle des combattants. L’auteur souligne en effet l’existence d’une réelle frustration sexuelle et la mise en place de maisons closes contrôlées par les médecins et les autorités militaires pour enrayer la progression de la syphilis.

Pour Rousseau, les raisons qui permettent de tenir sont nombreuses et diverses. Le soldat obéit parce qu’il a un chef compétent, en qui il a confiance, ou parce que le chef a droit de mort sur ses hommes, ou encore parce qu’il ne veut pas se désolidariser du groupe auquel il appartient : on parle d’esprit de corps. Le soldat tient par courage aussi, par solidarité envers le groupe de copains, que l’auteur assimile à la « seule nation ». Le regard des autres permet de surmonter la peur : il y va du respect et de l’estime de ses camarades. Enfin le combattant se donne les moyens de tenir. La correspondance, la permission et les femmes représentent le lien avec la vie normale et rassurent. L’alcool, la religion, l’humour constituent les ultimes blindages contre l’épouvante pour survivre.

Rousseau s’oppose à la thèse du « consentement et du fort sentiment national et patriotique » proposée par Stéphane Audouin-Rouzeau et Annette Beker. Pour lui, le sentiment national, le patriotisme n’est pas absent. Il est seulement rare, exceptionnel dans les tranchées. Il n’existe pas de facteur unique ou exclusif, mais un faisceau de facteurs aléatoires selon les hommes, les moments, les secteurs du front… qui permet de supporter l’insupportable. Rousseau s’est attaché à réunir et confronter de nombreux témoignages de soldats originaires des différents pays de l’Europe en guerre. Cette documentation de nature et de source diverse permet d’attester l’existence d’une communauté européenne de la souffrance de guerre. Tous les facteurs avancés nous font retrouver l’Homme sous le soldat. En effet le combattant est contraint par sa nature. La guerre arrache brutalement le masque de la civilisation et remet l’homme à nu. L’auteur décrit enfin une guerre vue de l’intérieur, celle des gens d’en bas, la guerre des petites gens, soldats, officiers et sous-officiers de tranchée. Il met en évidence le décalage entre une vision « passéiste » du conflit par l’encadrement militaire et les gouvernements et le vécu du soldat qui ne peut résister que grâce à son moral. Les larges extraits de témoignages permettent de rapprocher le lecteur du soldat et de vivre cette guerre dans toute sa violence faite à la nature de l’Homme.

Frédéric Rousseau, LA GUERRE CENSUREE, Une histoire des combattants de 14-18, Seuil 1999 (réédition 2003).

 

 

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